CONTRIBUTEURS

Stephen Dover, CFA
Chief Investment Strategist
Head of Franklin Templeton Institute
Dans un récent sondage (non scientifique) mené par Franklin Templeton sur les réseaux sociaux, nous avons demandé aux investisseurs quel était, selon eux, le principal risque pesant sur l’économie mondiale au cours des 12 prochains mois. Près de la moitié (45 %) des répondants ont identifié les prix élevés du pétrole comme leur principale source d’inquiétude. L’éclatement d’une bulle liée à l’intelligence artificielle (IA) ou les défauts dans le crédit privé sont restés nettement en retrait dans leur liste de préoccupations.
Nous avons observé une réaction similaire au début du mois lorsque nous avons sondé les directeurs des investissements (CIO) de notre entreprise. Ils ont convenu que des prix élevés du pétrole constituent le principal risque pour l’économie mondiale et les marchés financiers en 2026.
Ce mois-ci, les prix du pétrole brut Brent et West Texas Intermediate se sont stabilisés autour de 100 $ US le baril, en hausse de près de 40 % par rapport à leurs niveaux d’avant-guerre. Les prix de divers distillats, y compris le diesel et les carburants pour avions à réaction, ont augmenté de 60 % voire davantage. Le détroit d’Hormuz demeure pratiquement fermé, ce qui signifie que les stocks physiques de pétrole brut, de gaz naturel liquéfié et de distillats pourraient être épuisés dans certaines régions d’Asie ou d’Europe d’ici quelques mois. Et compte tenu des dommages causés à la production dans la région du Golfe Persique, ainsi que des délais entre la production, le transport et la livraison (estimés à trois mois ou plus), une ruée vers les approvisionnements limités plus tard cette année pourrait être inévitable.
Et pourtant, au cours des dernières semaines, les marchés boursiers mondiaux ont fortement rebondi, surmontant les revers liés à la guerre survenus en mars. Les écarts de crédit, l’euro et d’autres prix d’actifs ont également rebondi. Les marchés semblent faire preuve d’indifférence collective.
Que se passe-t-il ? Les marchés font-ils preuve d’un excès de confiance face aux risques identifiés par nos clients et nos directeurs des investissements ? Ou y a-t-il des raisons fondamentales qui expliquent les reprises des marchés ?
Voici notre point de vue:
- La croissance mondiale sera probablement affectée. Ce mois-ci, le Fonds monétaire international (FMI) ainsi que plusieurs groupes de recherche du secteur privé ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance réelle du produit intérieur brut (PIB) pour 2026, l’Europe et l’Asie enregistrant certaines des plus fortes révisions à la baisse.
- Mais il y a des compensations.Aux États-Unis, en Europe et au Japon, l’expansion budgétaire devrait atténuer une partie des difficultés. Aux États-Unis, les ménages à revenu élevé, qui représentent plus de la moitié de la consommation (les 20 % des ménages américains les plus riches sont responsables de 60 % de toutes les dépenses de consommation1), pourraient voir leur pouvoir d’achat renforcé par des remboursements d’impôts et des gains de patrimoine. De plus, l’élan mondial en faveur des dépenses en capital dans l’intelligence artificielle, les infrastructures énergétiques et la gestion des chaînes d’approvisionnement offre aux économies américaine et mondiale un puissant effet de soutien.
- Les États-Unis font preuve d’une plus grande résilience. La diffusion rapide des nouvelles technologies, et plus particulièrement de l’IA, semble stimuler la productivité aux États-Unis. Après avoir enregistré un taux de croissance annuel moyen modeste de 1,3 % entre 2010 et 2019, la productivité du travail non agricole aux États-Unis a accéléré pour atteindre 2,5 % au cours des deux dernières années.2 L’accélération de la productivité renforce la résilience et la solidité de l’économie américaine. Une deuxième source de résilience réside dans la part moindre du PIB américain consacrée aux dépenses énergétiques. Depuis la fin des années 1970, la consommation d’énergie par habitant aux États-Unis a diminué de 20 %, tandis que l’augmentation de la production intérieure a fait passer le pays d’importateur à exportateur d’hydrocarbures. Par conséquent, l’économie est devenue moins sensible aux chocs des prix de l’énergie.3
- Les banques centrales réagiront probablement avec prudence. Malgré les prix plus élevés actuels de l’énergie et les augmentations à venir des prix des aliments ainsi que d’autres biens et services, les banques centrales devraient adopter une approche prudente. Les hausses ponctuelles des prix résultant des chocs d’approvisionnement en énergie s’estompent généralement, et un ralentissement de la croissance est probable. Par conséquent, les banques centrales seront réticentes à augmenter les taux d’intérêt de manière agressive. De plus, les marchés ont déjà intégré les hausses de taux là où elles sont les plus probables—en Europe et au Japon.
- La croissance des bénéfices des entreprises est exceptionnelle. Tout au long du premier trimestre 2026, et même dès le début du conflit, les analystes ont continué à réviser à la hausse des estimations de bénéfices 2026 déjà solides.4 Les secteurs des technologies de l'information et des services financiers, ainsi que celui de l'énergie, ont connu les révisions à la hausse les plus importantes. Après les deux premières semaines de la saison des résultats, les « surperformances » demeurent solides et le bénéfice par action du S&P 500 progresse de 15 % en glissement annuel.5
- Les investisseurs pessimistes ont déjà subi des pertes auparavant. Le comportement des marchés a aussi une dimension psychologique. La confiance des investisseurs peut traduire des inquiétudes (comme le montrent nos enquêtes), car ils se souviennent de la douleur causée par les ventes massives qui ont suivi l'instauration des droits de douane du « Jour de la Libération » en 2025, avant de subir un brusque revirement politique et boursier. La modération des ventes durant la guerre reflète donc en partie la crainte que les vendeurs ne se retrouvent « pris au dépourvu » par des retournements rapides en politique ou en diplomatie. Aussi lointain qu’un accord pour ouvrir le détroit d’Hormuz puisse paraître aujourd’hui, un excès de pessimisme comporte lui aussi ses risques. Cette « dynamique d’incertitude » a permis de contenir la volatilité et la pression à la vente, malgré l’ampleur des perturbations dans le transport maritime en provenance du golfe Persique.
En résumé, l’économie mondiale et les marchés financiers se trouvent dans une position précaire. Le status quo des approvisionnements limités en énergie et en pétroproduits en raison de la fermeture du détroit d’Hormuz est insoutenable. Et le temps presse, car la situation économique est de plus en plus critique.
Nous restons toutefois convaincus que les fondamentaux à venir demeurent solides, en particulier la santé des bénéfices des entreprises. Et du moins aux États-Unis, la dynamique de croissance économique demeure intacte, selon notre analyse. Enfin, les investisseurs ont été conditionnés à ne pas réagir de manière excessive, un comportement qui atténue la volatilité.
Mais tout cela ne décrit qu’une impasse à court terme entre des forces opposées. La stabilité durable des marchés ne peut être atteinte que par une résolution pérenne du conflit, permettant une réouverture crédible et durable de l’une des voies navigables les plus vitales au monde. Jusqu’à ce moment, les investisseurs ne doivent pas sous-estimer les risques, surtout aujourd’hui alors que le marché boursier américain frôle de nouveaux sommets historiques.
Dans l’ensemble, notre stratégie de placement demeure intacte. La pierre angulaire repose sur un élargissement des opportunités, soutenu par une forte croissance des bénéfices aux États-Unis et sur les marchés boursiers émergents, ainsi que par des rendements à long terme grâce à des dépenses en capital durables dans les infrastructures énergétiques mondiales et la défense/sécurité nationale. Dans les marchés à revenu fixe, nous demeurons prudents quant à la duration, privilégiant les revenus basés sur les coupons dans le segment à rendement élevé. Les obligations municipales offrent également des sources de revenu potentiellement avantageuses sur le plan fiscal pour les investisseurs américains. Enfin, une combinaison de rendements réels élevés au Brésil, de fondamentaux fiscaux solides en Asie et d’un dollar américain stabilisé voire en baisse soutient notre engagement envers la dette des marchés émergents en monnaie locale.
Notes de fin
- Source : « Les consommateurs américains ont-ils connu une trajectoire en « K » ? Une analyse des données.» Banque fédérale de réserve de Minneapolis, 20 mars 2026.
- Source : « Secteur des entreprises non agricoles : Productivité du travail (production par heure) pour tous les travailleurs (OPHNFB).» Base de données économiques de la Réserve fédérale (FRED). 24 Mars 2026.
- Source : « Fiche d’information sur le système énergétique américain. » Centre pour les systèmes durables, Université du Michigan.
- Rien ne garantit qu’une estimation, une prévision ou une projection se réalisera.
- Source : « Analyse des bénéfices ». FactSet. 24 avril 2026
QUELS SONT LES RISQUES?
Tous les placements comportent des risques, dont une perte possible de capital.
Les titres de participation sont tributaires de la fluctuation des prix et peuvent entraîner une perte de capital.
Les titres à revenu fixe comportent des risques liés aux taux d’intérêt, au crédit, à l’inflation et au réinvestissement, ainsi que des risques de perte de capital. Lorsque les taux d’intérêt augmentent, la valeur des titres à revenu fixe diminue. Les obligations à rendement élevé et de moindre qualité sont sujettes à une volatilité des prix, à un manque de liquidités et à un risque de défaillance plus importants.
Les stratégies de gestion de devises pourraient entraîner des pertes pour le Fonds lorsque les devises ne se comportent pas comme prévu.
Les placements internationaux sont exposés à des risques particuliers, notamment la fluctuation des monnaies et les incertitudes sociales, économiques ou politiques, qui peuvent accroître la volatilité. Ces risques sont amplifiés sur les marchés émergents.
Les placements liés aux produits de base comportent d’autres risques, comme la volatilité des indices de marchandises, les spéculations des investisseurs, les taux d’intérêt, le climat, les impôts et les nouvelles réglementations.
WF : 10185500
