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Nous avons traversé une année très intéressante : Les changements dans la politique américaine sur les droits de douane ont bouleversé des normes commerciales mondiales établies de longue date; les craintes de stagflation (stagnation économique combinée à une inflation élevée) ont persisté mais ne se sont pas concrétisées jusqu’à présent; la fermeture du gouvernement la plus longue jamais enregistrée nous a privés de données économiques clés; et l’enthousiasme suscité par l’intelligence artificielle générative (GenAI) a porté l’enthousiasme des marchés financiers à de nouveaux sommets et a suscité des attentes à la fois utopiques et dystopiques. Et ce ne sont là que quelques exemples.

Que faut-il en conclure et à quoi faut-il s’attendre en 2026 pour l’économie et les marchés?

L’incertitude et la volatilité, en somme. Mais permettez-moi d’être plus précise.

Je maintiens une perspective constructive pour la croissance américaine. La consommation des ménages s’est avérée résistante et, au début de l’année prochaine, elle sera stimulée par une relance budgétaire substantielle, estimée par Brookings à bien plus d’un point de pourcentage de la croissance du produit intérieur brut pour l’année. De plus, la Réserve fédérale (Fed) nous a gratifiés d’un assouplissement significatif de sa politique monétaire. Et l’essor des investissements axés sur l’intelligence artificielle (IA) devrait se poursuivre. Pour finir, je m’attends à ce que l’accélération de la croissance de la productivité dont nous avons bénéficié ces deux dernières années se poursuive jusqu’en 2026 et au-delà.

Toutefois, l’incertitude est grande et certains signes de faiblesse se manifestent tant au niveau de l’emploi que de l’investissement. Le taux de chômage a augmenté, même s’il reste faible en valeur absolue, et les entreprises semblent réticentes à embaucher. La qualité des données relatives au marché du travail est devenue très précaire, de sorte qu’il est difficile d’évaluer l’ampleur de la faiblesse sous-jacente, mais celle-ci existe bel et bien. En dehors de l’essor de l’IA, les entreprises pourraient encore hésiter à investir; il se pourrait toutefois que l’incitatif de l’amortissement accéléré des investissements mette simplement plus de temps à se traduire en nouvelles décisions de dépenses d’investissement (capex).

La forte productivité du travail continue de compenser l’atonie du marché de l’emploi

1996–2025

Sources : BEA, BLS, Macrobond. Analyse de Franklin Templeton Fixed Income Research. Au 16 décembre 2025.

Le risque de stagflation demeure, mais il n’est pas uniformément réparti. Je pense que la balance penche en faveur des risques d’inflation, en particulier au cours de la première partie de l’année 2026. À ce moment-là, un soutien budgétaire supplémentaire devrait accroître le revenu disponible des ménages; si les « chèques de remboursement des droits de douane » se matérialisent effectivement, ils donneront un coup de pouce supplémentaire au pouvoir d’achat. Cela pourrait relancer les dépenses de consommation et contribuer à l’essor des investissements dans l’IA. Une dynamique similaire à la reprise post-COVID-19, bien qu’à plus petite échelle, qui pourrait pousser l’inflation vers une fourchette de 3,50 % à 4,00 %.

Une nouvelle poussée des prix, dans un contexte où les salaires peinent à suivre, pourrait freiner quelque peu les dépenses de consommation plus tard cette année. Les investissements non liés à l’IA pourraient prendre plus de temps à s’accélérer. Le rendement supérieur remarquable et prolongé des valeurs de l’IA présente un autre risque. Je crois que les avancées en IA générative alimenteront progressivement des applications d’affaires visant à accroître l’efficacité. Et les investissements majeurs dans les puces, les centres de données et la production d’électricité pourraient stimuler le potentiel de croissance de l’économie; ce ne sont pas des investissements stériles. Mais l’enthousiasme du marché a peut-être dépassé ce que l’IA générative peut apporter à court terme, ce qui crée le risque d’un ajustement temporaire du marché. Si cela se concrétise, ce serait un frein supplémentaire à la croissance, mais de nature temporaire. Dans l’ensemble, je considère que les risques pour la croissance sont moins prononcés, et je pense que l’activité économique devrait rester soutenue.

En revanche, je ne vois toujours pas les conditions d’un retour de l’inflation à 2 %. La Fed a maintenant réduit les taux d’intérêt de 175 points de base (pb) au total, portant le taux des fonds fédéraux à 3,50 %-3,75 %. L’assouplissement a été excessif, selon moi, mais pas totalement déraisonnable. Avec une inflation stable, bien que toujours largement supérieure à l’objectif, je comprends l’approche des responsables favorables à une politique plus accommodante face au risque de chômage. Les divisions marquées au sein du Comité fédéral de l’open market soulignent toutefois que les risques d’inflation sont toujours bien présents. Alors que le président de la Fed, Jerome Powell, a fait valoir que le taux des fonds féféraux se situe toujours dans une estimation raisonnable du taux neutre, un rebond de l’inflation rendrait rapidement le taux directeur réel négatif, ce qui semblerait inapproprié dans une économie qui tourne à plein régime, voire au-delà de ses capacités.

La décision de la Fed d’augmenter à nouveau son bilan en achetant des bons du Trésor à court terme est, à mon avis, encore plus importante. M. Powell a justifié cette décision par la nécessité de maintenir d’importantes réserves dans le système bancaire. Dans les faits, toutefois, la Fed continuera de financer un déficit gouvernemental chronique, et la domination budgétaire continuera de façonner l’orientation monétaire d’une banque centrale déjà portée naturellement — et par mémoire institutionnelle — vers l’accommodement. Le maintien d’un déficit budgétaire important, aidé et encouragé par les achats d’obligations d’État par la banque centrale, ne contribuera pas à ramener l’inflation à son niveau cible.

Cette incertitude persistante et importante sur les risques d’inflation et de croissance implique, à mon avis, une volatilité prolongée sur les marchés financiers. Le rendements des titres du Trésor américain à 10 ans est plus élevé qu’il ne l’était en août 2024, avant que la Fed ne commence à réduire son taux directeur de 175 pb; l’inflation, mesurée par l’indice de base des dépenses de consommation personnelle, est restée pratiquement inchangée depuis lors. L’accentuation correspondante de la courbe des taux témoigne à la fois de la confiance dans la croissance économique et de l’inquiétude sous-jacente concernant les pressions exercées par une politique budgétaire laxiste. L’évolution du chômage et de l’inflation pourrait maintenir les rendements à long terme dans une trajectoire modérément fluctuante en 2026, et mon scénario de base envisage des risques modérément orientés à la hausse.

La Fed prise entre l’inflation et les tensions sur le marché du travail; évolution latérale des bons du Trésor américain à 10 ans, reflétant confiance économique et préoccupations budgétaires

2021–2025

Sources : Fed, BEA, Trésor américain, BLS, Macrobond. Analyse de Franklin Templeton Fixed Income Research. Au 16 décembre 2025.

Pour les marchés financiers, la macroéconomie reprend clairement les commandes comme on ne l’avait pas vu depuis longtemps. La politique de taux zéro appartient désormais au passé, le portage retrouve sa place et le changement de régime dépasse largement la question des taux : un ordre géopolitique plus multipolaire, le ralentissement structurel de la Chine, la reflation au Japon, l’augmentation prévue des dépenses de défense en Europe, ainsi que les avancées de l’IA qui pourraient prolonger la renaissance de la productivité. Dans un contexte de croissance constructive (bien qu’inégale), je ne m’attends pas à une forte augmentation des défauts de paiement des sociétés, mais avec des écarts proches des records et une émission importante, un nouveau resserrement semble limité. Je pense que la Fed sera prudente quant à un assouplissement supplémentaire, surtout si les facteurs budgétaires favorables rendent l’inflation résistante. La duration paraît alors peu attrayante et que les investisseurs auraient intérêt à rester agiles tout en profitant des rendements actuellement assez intéressants. Même après sa dépréciation en 2025, le dollar américain demeure encore très fort, et je crois que la diversification mondiale et sur les marchés émergents jouera probablement un rôle de plus en plus important dans les stratégies d’investissement de 2026. Pour finir, avec des valorisations élevées et des dynamiques du marché du travail fragilisées, la croissance américaine semble de plus en plus dépendre des investissements en capital liés à l’IA et de l’effet de richesse lié aux marchés boursiers. À mon avis, cela crée des gagnants et des perdants évidents et rend la gestion active essentielle pour traverser la volatilité et identifier les meilleures occasions de placements.



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