CONTRIBUTEURS
Par Michael Dayan, CFA
Principal analyste de portefeuille Solutions multiactifs, Franklin Templeton Toronto, Canada
Depuis des millénaires, l’or est utilisé comme une réserve de valeur et un moyen d’échange. De nos jours, l’or semble attirer l’attention des investisseurs en quête de rendements supérieurs, d’une meilleure diversification ou d’une protection accrue contre le risque de perte extrême. Est-ce vraiment le cas et pourquoi? L’or devrait-il occuper une position stratégique au sein des portefeuilles multiactifs?
L’or, comme d’autres produits de base, a de multiples usages : des applications technologiques aux bijoux. La différence repose dans ses liens historiques avec les systèmes monétaires, qui l’ont conduit à être perçu comme une réserve de valeur aussi bien par les banques centrales que par les investisseurs.
Les FNB aurifères ont connu une croissance remarquable au cours des vingt dernières années, car ils ont offert aux investisseurs une façon efficace d’obtenir une exposition à cette catégorie d’actif.

Quelles caractéristiques ont fait augmenter la part de l’or dans les portefeuilles de placements?
Les tenants de l’or soutiennent qu’il présente les attributs ci-dessous. Nous analyserons la justesse de chacun d’entre eux.
- Une couverture contre l’inflation
- Une couverture des actions
- Une protection contre le risque de perte extrême
- Une réserve de valeur de rechange
Couverture contre l’inflation
Si l’on s’intéresse aux corrélations à long terme, l’or ne s’avère pas une couverture contre l’inflation très efficace. En fait, il affiche une relation inverse plus forte avec les taux obligataires réels (taux obligataire réels = taux obligataires nominaux – attentes d’inflation).

Cela indique que le prix de l’or dépend de l’environnement entourant l’inflation, plutôt que de l’inflation elle-même. Par exemple, dans un contexte de stagflation caractérisé par une croissance faible ou nulle et par une inflation en hausse, habituellement les taux réels sont en baisse, ce qui stimule les prix de l’or. L’inflation la croissance plus forte et les taux d’intérêts plus élevées entraînent habituellement une hausse des taux de rendement réels, ce qui pourrait être défavorable à l’or.
Le contexte actuel pourrait s’avérer unique. Si l’inflation et la croissance économique s’améliorent, les banques centrales ont déjà fait savoir qu’elles n’augmenteraient pas les taux d’intérêt tant que l’inflation ne dépassera pas leurs cibles pendant un certain temps. Cela devrait faire en sorte de maintenir les taux réels sous leur moyenne, et ce, même dans un contexte de reprise. Dans un tel scénario, le facteur défavorable habituel au prix de l’or pourrait ne pas accompagner cette reprise.
Couverture en actions
Par le passé, l’or n’a pas été un moyen efficace pour couvrir les actions en raison de son coefficient de corrélation presque nul à long terme, malgré quelques épisodes positifs. Cependant, des corrélations faibles ou nulles peuvent tout de même favoriser la diversification des sources de rendement. Plus important encore, en périodes de replis boursiers, l’or a démontré qu’il était un bon complément, comme nous le verrons dans la prochaine section.

Protection contre le risque de perte extrême
Lors de crises géopolitiques ou de bouleversements macroéconomiques, l’or contribue à protéger la valeur des portefeuilles malgré les importants replis, comme le montre l’exemple ci-dessous.

En partant du principe que cette relation se maintiendra à l’avenir, il s’agit d’un attribut précieux dans l’arsenal de construction de portefeuilles, notamment si l’on considère l’efficacité moindre des obligations gouvernementales traditionnelles s’agissant de couvrir le risque de baisse (un sujet que nous avons traité dans d’autres articles). Toutefois, il convient de noter que l’or n’est pas totalement immunisé contre les mouvements de panique à court terme qui poussent les investisseurs à liquider des placements contre des espèces.
Réserve de valeur de rechange
L’un des arguments les plus courants des fanatiques de l’or repose sur la peur d’une dépréciation de la monnaie fiduciaire (perte de confiance dans les monnaies émises par les gouvernements). L’augmentation des déficits budgétaires gouvernementaux et la croissance apparemment sans fin des bilans des banques centrales ont contribué à positionner l’or comme une réserve de valeur de rechange. Bien qu’un effondrement monétaire généralisé constitue un scénario hautement improbable, le risque d’une érosion persistante de la confiance à l’égard de la monnaie papier ne l’est pas.
Répercussions sur les portefeuilles – répartition stratégique ou dynamique?
En étudiant le passé sur de longues périodes de temps, il est facile de déduire les avantages d’une répartition stratégique dans l’or au sein d’un portefeuille 60/40. Comme nous l’avons mentionné, il s’est avéré que cela réduisait le risque, dynamisait le rendement et agissait comme un solide protecteur de la valeur lors d’importants replis.

D’un point de vue relatif, la pondération devrait être déterminée en fonction du budget de risque actif global. La corrélation faible ou négative de l’or avec les catégories d’actif traditionnelles peut commencer à exercer rapidement une influence sur les rendements actifs à des pondérations plus élevées. Nous estimons qu’une pondération de 0 % à 5 % devrait fournir une certaine protection contre les replis relatifs, tout en équilibrant sa contribution au risque actif. Dans cette conjoncture de faibles rendements, un rien peut faire la différence!
Lorsque l’on s’intéresse à un horizon de placement plus court, il vaut mieux être prudent quant au moment choisi pour entrer sur ce marché, car le prix de l’or peut être très volatil. Une approche dynamique de la répartition de l’actif peut également être utile afin de choisir un moment et une pondération qui conviennent mieux.

Conclusion
Comme les taux obligataires sont à des creux historiques, les caractéristiques défensives des obligations visant à atténuer la volatilité du portefeuille sont probablement moins utiles, même si elles ne sont pas totalement inefficaces. C’est en trouvant de nouvelles répartitions stratégiques que l’on peut diversifier les sources de rendement, par exemple au moyen de l’or, et ainsi contribuer à protéger la valeur du portefeuille.
À court terme, nous avons une vision optimiste prudente à l’égard de l’or. En effet, nous nous attendons à ce que les taux réels demeurent faibles, puisque les taux nominaux seront limités par les banques centrales, alors que les prévisions en matière d’inflation pourraient connaître une modeste hausse. Nous nous attendons à une croissance continue de la demande d’or de la part des investisseurs, s’agissant d’un placement actuellement sous-utilisé dans les portefeuilles.
En ce qui concerne nos programmes à l’intention des investisseurs particuliers, nous préférons détenir de l’or sous forme de lingots par l’intermédiaire de FNB. Actuellement, nous ne détenons pas de placements directs dans l’or puisque nous estimons qu’il y aura de meilleurs points d’entrée. Au cours des prochains mois, il est possible de voir un environnement plus reflationniste sur le soutien monétaire et fiscal continu, moins d'incertitude politique et de meilleures nouvelles sur les vaccins liées au COVID. Cela pourrait être un vent contraire à court terme pour les prix de l'or, offrant un point d'entrée plus attrayant pour établir une position stratégique sur l'or.
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