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Le Royaume-Uni est en pleine effervescence. Ces dernières semaines, le monde a été fasciné par les funérailles historiques de la reine Elizabeth II. Aujourd'hui, de nouvelles préoccupations importantes ont fait la une des journaux, déclenchant un mouvement de ventes massives des actifs britanniques. Les rendements des gilts s'envolent et la livre sterling (GBP) s'effondre, touchant même un plancher record par rapport au dollar américain (USD). Qu'est-ce qui a provoqué les énormes fluctuations de la devise britannique et des rendements obligataires ? (Voir Illustrations 1 et 2.)

Illustration 1 : Gilts britanniques à 5 ans et taux de change spot GBP/USD

% (éch. gauche), $ (éch. droite), au 26 septembre 2022

Sources : Brandywine Global, Macrobond.

Illustration 2 : Rendements des gilts britanniques à 5 ans

Variation sur 2 jours, au 26 septembre 2022

Sources : Brandywine Global, Macrobond.

Pour commencer, un des principaux coupables est le dévoilement du « mini-budget » du gouvernement, qui est tout sauf mini. Il contient quelques surprises qui ont pris le marché au dépourvu. D'un côté, il y a les réductions d'impôts ; de l'autre, les subventions à l'énergie. Le marché s'attendait globalement aux subventions énergétiques, mais pas à des réductions d'impôts de cette ampleur. Le nouveau budget prévoit une réduction importante du taux d'imposition maximal, le ramenant de 45 % à 40 %.1 Cette mesure, qui profitera aux plus hauts revenus, est essentiellement une économie de ruissellement sur les stéroïdes. En revanche, le taux le plus bas ne bénéficie que d'une faible réduction, passant de 20 % à 19 %.2 En fait, ces mesures donnent aux plus hauts revenus un coup de pouce significatif à leur revenu disponible, ce qui est aussi potentiellement un type de mesure inflationniste, alors même que le pays est confronté à une forte inflation, une crise énergétique et une récession potentielle. Alors bien sûr, la politique et la communication ont un peu dérapé.

En outre, les subventions énergétiques pourraient engendrer une dette presque illimitée pour le gouvernement. À l'inverse, certains gouvernements européens sont prêts à fournir une prime initiale – un coût subventionné, mais le reste dépend du marché de l'énergie et de la consommation. Ainsi, la perspective d'une dette illimitée du Royaume-Uni combinée à la réduction d'impôts pour les plus hauts revenus n'est guère réjouissante. Le Royaume-Uni connaît une crise du coût de la vie qui devra être financée par une augmentation des dépenses budgétaires alors que les taux d'intérêt sont déjà élevés. Après deux hausses consécutives de 50 points de base (pb) des taux, et alors que la livre sterling s'approche de la parité avec le dollar, tout le monde attend maintenant une intervention choc de la Banque d'Angleterre (BOE). La BOE est intervenue pour stabiliser le marché obligataire, en suspendant son programme de vente de gilts et en achetant des obligations à long terme pour une période déterminée, mais la banque centrale se trouve toujours en retard par rapport à la courbe, alors qu'aucune réunion n'est prévue avant un certain temps. Le fait qu'un membre du comité de politique monétaire ne réclamait qu'une hausse de 25 pb la semaine dernière montre à quel point le retard est important. Les doubles déficits et à présent les ventes massives simultanées de gilts et de livres placent le Royaume-Uni dans une position inquiétante.

Le gouvernement mise gros sur le fait que l'économie de ruissellement fonctionnera et que, dans deux ou trois ans, tout ira pour le mieux. La livre sterling se négociant juste au-dessus de la parité avec le dollar, toute une série d'actifs britanniques pourraient devenir très intéressants. En outre, l'économie britannique dépend énormément des investissements directs étrangers (IDE) pour financer une grande partie des dépenses. Encore une fois, à un moment donné, les taux et les actifs sembleront très séduisants pour les investisseurs étrangers. En attendant, le gouvernement gagnerait à mieux communiquer sur les réformes de l'offre qui sont une composante essentielle de ces programmes de dépenses. Au lieu de cela, la réduction d'impôt pour les plus aisés a accaparé tous les gros titres.

Bien que la situation au Royaume-Uni focalise l'attention du monde entier, elle demeurera probablement une actualité locale. Avec l'un des ratios dette/produit intérieur brut (PIB) les plus bas des pays du G7, le gouvernement britannique a probablement estimé qu'il était le mieux placé pour proposer de telles mesures budgétaires. Cependant, la réaction du marché, qui s'est traduite par une évolution dans le même sens des prix des gilts et de la monnaie, a envoyé un énorme signal d'alarme au reste du monde. Alors que d'autres pays sont confrontés à des changements potentiels de gouvernement au cours des deux prochains trimestres, notamment le Brésil, l'Italie et même les États-Unis avec les élections de mi-mandat qui approchent, ils seraient bien avisés de tirer les leçons des répercussions de la dernière expérience budgétaire et monétaire du Royaume-Uni.



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