Perspectives de placement mondiales pour 2019

Distorsion, divergence et diversificationLe 5 décembre 2018

La volatilité a affecté les marchés des actions du monde entier en 2018, notamment les marchés émergents et les marchés des actions américains. Alors que l’expansion économique américaine franchissait officiellement le cap des neuf ans en 2018, de nombreux investisseurs ont commencé à se demander quand le cycle changerait et quel pourrait en être l’élément déclencheur.

Nos principaux responsables en placements veulent se montrer très optimistes pour l’année à venir, mais nous reconnaissons que les possibilités de placements peuvent être plus divergentes, car certains pays ou catégories d’actifs auparavant négligés peuvent éventuellement retenir l’attention.

Distorsion, divergence et diversification

Faire face à la désynchronisation de la croissance économique mondiale et de la volatilité en fin de cycle

À notre avis, l’économie mondiale devrait rester solide en 2019, soutenue par la vigueur des fondamentaux et de la demande aux États-Unis. La volatilité est revenue sur les marchés financiers mondiaux en 2018 lorsque le discours sur la croissance mondiale synchronisée est devenu plus pessimiste.

Toutefois, les tendances en matière de croissance restent globalement positives et la désynchronisation pourrait ne pas être le vent contraire que les marchés auraient pu craindre parfois. Nous nous intéressons vivement à la manière dont les divergences économiques et les différences de politique entre les pays finiront par être conciliées, compte tenu de leurs incidences éventuelles sur le commerce, les devises et la normalisation de la politique monétaire dans les pays avancés.

Nous ne voyons que peu de signes de volatilité des marchés émergents qui ont une incidence sur d’autres marchés à ce jour, et nous pensons que la dispersion croissante des rendements relatifs entre les marchés que nous avons observés tout au long de 2018 pourrait être durable. Par conséquent, nous ne voyons aucune raison qui permettrait aux principales banques centrales de s’écarter considérablement des trajectoires de politique monétaire qu’elles ont définies. Nous estimons que la conjoncture actuelle de l'économie américaine, caractérisée par une croissance supérieure à la tendance, une inflation modérée et un quasi plein emploi, pourrait se poursuivre encore quelque temps. Nous pensons que les perspectives d’une récession américaine ne sont pas à entrevoir avant plusieurs trimestres.

À l’approche de 2019, nous reconnaissons que certaines parties des marchés des actions et des titres à revenu fixe sont suffisamment valorisées et que, même si les fondamentaux des entreprises demeurent favorables, nous sommes de plus en plus prudents. Nous sommes de plus en plus préoccupés par le niveau élevé de la dette publique (principalement dans les principaux pays de la zone euro, le Japon, les États-Unis, la Chine et d’autres marchés émergents).

L'inflation reste modérée à l'échelle mondiale. Cependant, nous sommes conscients des risques d’une inflation croissante. Ainsi, même si les actions et les titres à revenu fixe restent généralement les principales expositions par catégorie d’actifs de nos portefeuilles multi-actifs, nous avons également une vision constructive à l’égard des actifs réels, y compris les produits de base. Nous privilégions les actifs qui ont l’habitude de bien se comporter aux derniers stades du cycle économique, ou qui offrent une protection explicite contre l’inflation, comme les obligations liées à l’inflation (TIPS). En outre, les actifs non traditionnels pourraient offrir une diversification en cas de faiblesse des actions et des obligations causée par une hausse imprévue de l’inflation.

À la recherche de marchés « négligés » partout dans le monde

L’année prochaine se présente comme celle de résultats limités sur les marchés boursiers mondiaux. Alors que les avantages des importantes mesures de relance budgétaire résultant des réductions d’impôts aux États-Unis et des dépenses publiques plus importantes ont diminué, les revenus américains et toute l’économie mondiale pourraient avoir du mal à suivre le rythme des niveaux de 2018.

Cependant, nous voyons des possibilités à l'extérieur des États-Unis alors que les revenus et les disparités économiques se réduisent entre les États-Unis et d’autres pays. Nous pensons également que les valorisations boursières sur les marchés non américains demeurent intéressantes par rapport aux États-Unis. De plus, nous nous attendons à ce que les sociétés peu endettées et générant beaucoup de trésorerie dégagent de bons résultats en cas de ralentissement de la croissance économique et de la croissance des bénéfices.

Avec la hausse des taux d’intérêt et l’enjeu politique, la qualité des résultats ainsi que des valorisations constituera un facteur d’une importance accrue pour les placements.

À notre avis, de nombreux marchés non américains ont été sous-évalués par rapport à ceux des États-Unis au cours des dernières années, en raison du fort rendement des bénéfices des sociétés américaines. L’Europe, par exemple, n’a pas connu une croissance aussi robuste, ce qui a simplifié la tâche des entreprises européennes en 2019. Dans le même temps, le marché japonais, qui a connu une croissance décente des bénéfices, pourrait tirer parti de tout signe d'une reprise plus durable de l’inflation.

Le principal défi pour les marchés européens pourrait être l’incertitude politique accrue qui se profile en 2019. Nous pensons que la montée continue du populisme, non seulement en Europe, mais dans le monde entier, ronge lentement certaines des institutions économiques et politiques qui ont été à la base de nombreuses économies de marché.

Nous constatons que les possibilités commencent à apparaître dans de nombreux domaines mal appréciés des marchés boursiers mondiaux. Alors que la rhétorique générale sur l’impact de la guerre commerciale sur l’économie chinoise a rendu nombreux investisseurs méfiants à l’égard des actions chinoises, nous pensons que la croissance de la Chine est davantage favorisée par la consommation intérieure que par le commerce de nos jours.

L’Amérique latine offre également de nouvelles promesses. L’élection de Jair Bolsonaro au poste de président du Brésil nous indique un retour à des politiques économiques plus orthodoxes, en dépit de certains de ses discours politiques extrêmes.

De manière générale, les fondamentaux des marchés émergents nous semblent positifs et les valorisations sont revenues à des niveaux historiquement intéressants.

Les bons du Trésor américains font face à une combinaison néfaste de pressions sur les taux

Dix ans après que la crise financière mondiale eut atteint son paroxysme en 2008, les marchés financiers viennent à peine de commencer à corriger les distorsions des prix des actifs créées par le programme d’assouplissement quantitatif massif de la Réserve fédérale américaine (Fed). L’assouplissement quantitatif a été initialement utilisé pour stabiliser les marchés financiers pendant la crise, mais au lieu d’être une intervention limitée destinée à rétablir les marchés en quelques années, il s’est développé et est devenu une activité permanente. L’assouplissement quantitatif a réussi à faire baisser les rendements des obligations et augmenter les prix des actifs, orientant ainsi de nombreux investisseurs vers des actifs présentant un plus grand risque tout en maintenant les coûts du capital artificiellement annulés. Mais l’assouplissement quantitatif continu a également entraîné des distorsions persistantes des prix des obligations et des actions, tout en stimulant l’effet de levier et en récompensant la complaisance des investisseurs qui semblaient considérer les rendements toujours bas et le rôle « acheteur en dernier ressort » de la Fed comme un accord permanent.

Toutefois, ces conditions ne sont ni normales ni permanentes, selon nous, et nous prévoyons que le revirement de l’assouplissement quantitatif aura une incidence importante sur les actions et les marchés financiers de la même manière l'an prochain.

L'automne dernier (octobre 2018), nous avons observé le repli simultané des marchés obligataires et boursiers américains lorsque les taux ont augmenté. Cela peut sembler anormal, mais l’intervention de la Fed a soutenu de manière égale les obligations et les actions, qui ont tout aussi été vulnérables à l’effet inverse de la politique de la Fed. C’est le type de corrections de valorisation que nous envisageons de voir alors que les effets artificiels de mesures monétaires adoptées permanentes sont supprimés.

Les investisseurs qui ne sont pas préparés à des corrections de prix simultanées sur des obligations du Trésor américain et d’autres catégories d’actifs en 2019 peuvent être exposés à des risques involontaires.

Selon notre analyse, trois facteurs clés s’annoncent pour accroître les rendements en bons de Trésor américains : une augmentation des besoins d’emprunt du gouvernement américain, une baisse des achats en bons de Trésor américains auprès de la Fed et des gouvernements étrangers ainsi que les pressions inflationnistes croissantes. La première tempête à l’horizon est le déficit budgétaire croissant. L’augmentation des dépenses de l’administration Trump, ainsi que des réductions d’impôts, et les dépenses obligatoires en cours devraient entraîner un déficit budgétaire de l’ordre de 5 % du PIB (produit intérieur brut), selon notre analyse. Cela augmente les besoins d’emprunt déjà élevés du gouvernement.

La deuxième tempête est la baisse de la demande d’achat officiel, sur le plan intérieur auprès de la Fed lorsqu’elle élimine l’assouplissement quantitatif, et à l’extérieur, auprès des gouvernements étrangers. Cela laisse un important déficit de financement qui devra être couvert par les investisseurs qui accordent une grande importance au prix et qui devraient à peu près tripler leurs niveaux actuels d’achat pour combler le vide. La baisse de volume d’achat et l’augmentation de volume d’approvisionnement signifie que les rendements doivent s’accroître pour pouvoir trouver de nouveaux niveaux de compensation.

Ces deux dynamiques à elles seules suffiraient probablement pour augmenter les rendements. Mais une troisième tempête se prépare sous forme d’inflation. Les pressions salariales ont augmenté avec force exceptionnelle sur le marché du travail américain, ainsi que la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée dans certains secteurs. Les bassins de main-d’œuvre ont également été limités en raison des restrictions imposées à l’immigration légale et illégale par l’administration Trump. De plus, les mesures de relance budgétaire en fin de cycle, la déréglementation et les réductions d’impôts ont davantage renforcé une économie déjà forte.

Dans l’ensemble, tous les facteurs susmentionnés forment une tempête parfaite de pressions sur les taux qui, selon nous, devraient entraîner la hausse des rendements des bons de Trésor américains au cours de la prochaine année.


Contributeurs

Stephen Dover, CFA

Chef des actions

Michael Hasenstab, Ph. D.

Chef des placements,
Groupe d’études macroéconomiques mondiales Templeton

Edward D. Perks, CFA

Chef des placements,
Solutions multiactifs Franklin Templeton

Ressources

Perspectives de placement canadiennes en 2019

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