Marges des entreprises : Vents défavorables par rapport aux vents favorablesJun 7, 2019

Les facteurs macroéconomiques secouent les marchés et le créneau commercial actuel n’est que l’exemple le plus récent. En tant qu’investisseurs à long terme, nous devons également veiller à mettre l’accent sur les données fondamentales. Pour ce qui est des actions, les gains et la rentabilité des entreprises sont des facteurs déterminants de rendement à long terme. Comme le montre le graphique ci-dessous, les marges ont enregistré des records qui ont été certainement favorables aux rendements des actions, mais une baisse des marges aurait eu certes des effets plus négatifs.

Vents favorables structurels aux marges bénéficiaires des entreprises

De nombreux facteurs ont contribué à augmenter les marges au cours des dernières décennies :

  • La mondialisation et la disponibilité d’une main-d’œuvre bon marché incitent les sociétés à la délocalisation des processus de fabrication, ce qui contribue ainsi à réduire les coûts des entreprises
  • Moins de syndicalisation réduit le pouvoir de négociation des travailleurs, limitant ainsi les coûts salariaux des entreprises
  • Les progrès technologiques permettent une plus grande automatisation des processus de production, ce qui réduit davantage les coûts et augmente la productivité
  • Dans l’ensemble, une politique publique favorable qui bénéficie aux entreprises contribue à créer une plus forte concentration au sein de l’industrie ainsi qu’un milieu corporatif dans lequel « le gagnant emporte tout »*
Une participation beaucoup plus faible du travailleur aux bénéfices, la hausse des inégalités et l’augmentation du populisme constituent les effets secondaires négatifs bien que ce qui précède ait été bénéfique pour les entreprises et la rentabilité. Le graphique ci-dessous met en évidence ces effets aux États-Unis, car les 1 % les plus riches de la population détiennent de plus en plus de la richesse totale. 

Les facteurs déterminants qui influeront sur les marges à l’avenir

On devrait s’attendre à une inversion des tendances susmentionnées au détriment de la rentabilité des entreprises, mais d’autres facteurs favorables aux marges devraient en principe se maintenir en place.

  • Les récentes tensions commerciales et les tarifs douaniers nous rappellent que nous avons peut-être atteint le point culminant de la mondialisation et que certains pays pourront se concentrer davantage sur eux-mêmes à l’avenir. Cela pourrait contrecarrer la tendance à la hausse des marges et même provoquer un déclin si les frictions commerciales augmentaient les coûts de manière plus spectaculaire.
  • Sur le plan politique, les élections aux États-Unis en 2020 seront un élément clé à surveiller, car certains des démocrates les plus à gauche cherchent à mettre en place des politiques susceptibles de nuire à la rentabilité des entreprises dans la mesure où ils cherchent à réduire le pouvoir corporatif ainsi que la fracture patrimoniale.
  • Nous devrions assister à une augmentation continue des salaires compte tenu de la tension du marché du travail, mais depuis l’enregistrement plus récemment des gains de productivité décents, la faiblesse des coûts unitaires de la main-d’œuvre a atténué l’effet sur les marges des entreprises.
  • La technologie pourrait continuer à profiter aux marges, car l’adoption à grande échelle de robots et d’autres innovations technologiques reste à venir.

Répercussions sur les placements

Il est difficile de mesurer l’incidence des obstacles plus structurels aux marges issus de la mondialisation et des éventuels changements politiques, mais certaines entreprises constatent actuellement une pression sur les marges en raison de la hausse des salaires et du coût des intrants. Les entreprises ont parfois l’intention d’augmenter leurs prix pour maintenir leur rentabilité, mais il reste à voir les coûts dont les consommateurs seront redevables. 

Les tensions commerciales pourraient faire augmenter les coûts des intrants et nuire à la rentabilité des secteurs plus cycliques tels que l’automobile, les produits industriels et la technologie, mais même à celle d’autres secteurs industriels également, si la situation continue de dégénérer. Les tensions commerciales auront probablement un effet néfaste sur les facteurs macroéconomiques tels que la confiance des consommateurs, le climat des affaires et les conditions financières, ce qui aurait également une incidence indirecte sur la rentabilité future en raison d’une croissance plus faible du chiffre d’affaires.

Du point de vue du positionnement, nous avons été un peu plus prudents quant à notre répartition de l’actif, avec une sous-pondération des actions et un risque de crédit réduit. Bien que le risque d’effondrement des marges soit faible, certains obstacles sont évidents et, sans en être l’unique raison, cela semble indiquer une approche plus prudente à l’égard des actions.

*pour en savoir plus sur ce sujet, je recommande « The Myth of Capitalism, Monopolies and the Death of Competition », de Jonathan Tepper avec Denise Hearn.