Le compte à rebours du Brexit commenceApr 18, 2018

Tout juste une année avant que le Royaume-Uni ne quitte officiellement l’Union européenne (UE), Dylan Ball, responsable des Stratégies Actions Européennes, Templeton Global Equity Group, et David Zahn, responsable Taux Europe, Franklin Templeton Fixed Income Group, expliquent pourquoi, selon eux, le mécanisme de passeport des services financiers au sein de l’UE est une question cruciale et évoquent de quelle manière les pays de l’UE peuvent exploiter cette période de transition pour définir leurs propres agendas.

Alors que débute le compte à rebours annuel avant la sortie effective du Royaume-Uni hors de l’Union européenne (UE), nous nous attendons à voir les réponses inhérentes à l’accord portant sur la transition devenir de plus en plus urgentes.

Tant que les règles ne seront pas connues, les décisions en matière d’investissement, d’embauche et de dépenses en capital seront reportées.

Les valorisations de bon nombre de titres cotés à la bourse britannique traduisent actuellement cette incertitude. Selon nous, certaines des valorisations des titres britanniques sont intéressantes depuis quelque temps.

Nous pensons que les cours devraient regagner la moyenne, mais nous sommes réalistes et reconnaissons qu’il n’est pas aussi simple d’affirmer quel en sera le moment, et pas seulement si cela arrivera.

Par exemple, en l’absence de certitude quant au mode de négociation du Royaume-Uni avec les autres pays, nous ne pouvons pas nous montrer confiants quant à ses perspectives en tant qu’État autonome ne faisant plus partie de l’UE.

Néanmoins, notre expérience nous enseigne que les actions anticipent généralement des scénarios de reprise six à neuf mois avant une embellie des fondamentaux économiques. Ainsi, dans la mesure où nous disposons de 12 mois avant la date du Brexit, nous présumons que nous sommes plus près de la fin de la période d’incertitude que de son début.

Le mécanisme de passeport sera crucial

L’une des problématiques les plus importantes à résoudre pour le Royaume-Uni et l’UE portera sur l’avenir dudit mécanisme de passeport des services financiers dans l’Union européenne.

Le mécanisme de passeport permet à une société de services financiers agréée et immatriculée dans un pays de l’Union européenne de vendre directement ses produits à des clients dans tout autre pays de l’UE avec peu, voire pas du tout, d’autorisations réglementaires supplémentaires.

Si l’UE supprimait ses droits de passeport pour les banques et compagnies d’assurance domiciliées au Royaume-Uni, cette incidence pourrait être majeure, et pas seulement sur l’immense secteur des services financiers du pays.

L’effet d’entraînement pourrait avoir des répercussions sur bon nombre d’aspects de l’économie britannique, dont les prix des logements, l’immobilier commercial et la construction dans tout le pays, mais en particulier dans le sud-est de l’Angleterre, aux alentours de Londres.

Nous supposons que chercher une solution maintenant le statu quo plutôt que laisser les sociétés de services financiers quitter Londres pour d’autres pôles européens, tels que Francfort ou Luxembourg, devrait figurer en bonne place sur la liste des priorités des négociateurs britanniques.

Le Royaume-Uni pourrait plus précisément quitter officiellement l’Union européenne (UE) le 29 mars 2019. Nous sommes néanmoins d’avis qu’il existe un autre aspect à prendre en considération dans l’équation du Brexit.

Les deux parties ont convenu qu’une période de transition de 21 mois après la date de sortie permettra de laisser davantage de temps pour que de nouvelles relations commerciales soient négociées et convenues entre les pays et pour que les entreprises se préparent à une nouvelle réglementation postérieure au Brexit.

Les gilts (emprunts d’État britanniques) semblent avoir actuellement intégré une prime relative au Brexit, à savoir la possibilité que le Royaume-Uni puisse quitter l’UE sans qu’un accord soit défini, en dépit de quelques signes de progrès.

Mais si le Royaume-Uni devait sortir de l’Europe sans accord, nous tablons sur une dégringolade des rendements des gilts dans le sillage d’une fuite en faveur de la sécurité dans un contexte de risque accru et de paysage économique incertain.

Les préoccupations relatives à ces « facteurs connus/inconnus », que le Royaume-Uni conclue certains arrangements commerciaux à temps ou qu’il quitte l’UE avec un accord défini, ont quelque peu affecté le niveau de confiance des Britanniques. Et ce scénario a conduit à la révision du taux de croissance britannique 1, les dépenses des consommateurs demeurant prudentes jusqu’à ce que des détails supplémentaires et plus solides soient mis au jour. Nous pensons cependant que cette situation évoluera à mesure que de nouveaux détails concernant la période de transition émergeront au fil du temps.

Des occasions sont à saisir pour certains

Nous sommes d’avis que les différents pays de l’UE souhaiteront exploiter les négociations du Brexit pour définir leurs propres agendas au cours de la période de transition. Les principaux points de désaccord résident actuellement dans les discussions relatives au maintien d’une frontière ouverte entre l’Irlande et l’Irlande du Nord après le Brexit, et de la même façon, entre Gibraltar et l’Espagne.

Ainsi, alors que les pays de l’UE-27 2 saisissent à bras-le-corps ces opportunités de négociations, ce scénario indique que l’UE n’est pas aussi homogène que bon nombre de gens pourraient nous le laisser croire.

À plus long terme, le départ du Royaume-Uni hors de l’UE pourrait révéler, selon nous, des différences d’attitude parmi les diverses factions du marché commun. En outre, il pourrait entraîner une modification de l’équilibre des pouvoirs au sein du Parlement européen au profit des pays de la zone euro 3.

Certains pays tels que l’Allemagne et la France souhaiteraient une UE plus intégrée, tandis que d’autres, par exemple en Europe centrale, favorisent un regroupement moins strict leur offrant des avantages commerciaux tout en leur permettant de garder la mainmise sur leur souveraineté.

Selon les règles du Parlement européen, un vote ou veto doit recueillir l’approbation d’au moins 67 % des États membres pour être adopté. Les pays de la zone euro représentent actuellement 70 % des votes du Parlement européen, les pays hors zone euro, qui comprennent le Royaume-Uni, comptant pour les 30 % restants.

Une fois que la pondération de 12 % du Royaume-Uni au sein du Parlement européen aura été supprimée, l’influence actuelle des pays hors zone euro pourrait être affaiblie et les pays davantage situés au cœur de l’Europe pourraient disposer d’opportunités pour peser davantage sur le vote.

Le club de l’euro

C’est la raison pour laquelle nous pensons que l’UE tiendra davantage du « club de l’euro ». Les pays n’ayant pas adopté la monnaie unique, comme la Pologne, pourraient devoir revenir sur leur position s’ils veulent avoir leur mot à dire sur l’avenir de l’Europe.

De même, le Royaume-Uni a adopté une approche économiquement plus austère à l’égard du budget européen, votant souvent avec l’Allemagne et d’autres États membres d’Europe du Nord contre l’augmentation des dépenses.

Les pays en faveur de davantage de dépenses européennes pourraient se retrouver en majorité, avec la possibilité de remporter les votes même face à une éventuelle opposition allemande.

Cela jouera un grand rôle dans les négociations entre le Royaume-Uni et l’UE cette année, ces pays décidant du montant du financement dont le Royaume-Uni aura besoin pour conserver un accès à l’UE.

En conséquence, l’UE devra combler le déficit budgétaire d’une manière ou d’une autre. Ce qui, selon nous, paraît le plus susceptible d’advenir est une augmentation des taxes pour les trois principaux pays de l’UE : la France, l’Allemagne et l’Italie.

Reste à observer comment ces dynamiques fonctionneront au sein du marché commun, les responsables politiques européens amorçant toutefois une élaboration de leur approche à l’égard de cette situation changeante. Cela devrait, selon nous, figurer sur les listes de surveillance des investisseurs.

Dans l’ensemble, le Brexit donnera probablement le coup d’envoi à une situation de succès ou d’échec pour la zone euro. Alors que l’UE tente de faire bloc comme un système centralisé, il est important de rappeler que plus de 50 % des Italiens ont voté en faveur de partis antieuropéens lors des élections de mars en Italie, semant le doute sur la volonté de tous les pays européens de faire partie du « projet de l’UE ».

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  1. Institut britannique de la statistique (UK Office for National Statistics), février 2018
  2. L’UE-27 correspond aux 27 pays de l’Union européenne (UE) qui opèrent au sein d’un marché unique permettant la libre circulation des biens, capitaux, services et personnes entre les États membres.
  3. La zone euro est une union monétaire regroupant 19 des 28 États membres de l’Union européenne (UE) ayant adopté pour monnaie commune l’euro.