Marchés émergents : une année robuste, des perspectives plus solides

Manraj Sekhon souligne les avantages structurels des marchés émergents en 2021.

    Manraj Sekhon, CFA

    Manraj Sekhon, CFA Chief Investment Officer Franklin Templeton Emerging Markets Equity

    « Les défis de 2020 ont mis en évidence sur les marchés émergents des avantages structurels et autres tendances à long terme bénéfiques qui sont de bon augure pour 2021. Le fait que dans ce paysage tant de marchés différents offrent simultanément un potentiel d'investissement intéressant, à titre individuel mais aussi collectif, constitue selon nous une fenêtre d'investissement exceptionnelle ».

    L'année 2020 a été une année éprouvante - au sens propre comme au sens figuré - et des termes tels que « valeur refuge » ont pris une nouvelle dimension. Dans tous les pays, secteurs et entreprises, la crise de la COVID-19 s'est accompagnée de gagnants et de perdants très nets, parfois même à l'encontre des attentes. Il est clair que les principaux marchés émergents, en particulier en Asie orientale, ont largement surperformé les autres pays en termes de résultats sanitaires, d'impact économique et de marchés boursiers.

    Fracture est / ouestNombre total de décès dus à la COVID-19 par million de personnes dans une sélection de pays (Au 13 novembre 2020)

    Source : Our World in Data, Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) – Situation Update Worldwide. Mentions et conditions importantes du fournisseur de données disponibles sur www.franklintempletondatasources.com.

    Les économies et les marchés du monde entier ont été jusqu'à présent principalement touchés par l'impact primaire de la COVID-19, dont les mesures de confinement et restrictions de déplacement, ainsi que les perturbations à court terme de la chaîne d'approvisionnement et de la consommation, ce qui s'est traduit par des baisses de PIB (produit intérieur brut) significatives.

    En 2021, nous nous attendons à ce que les effets secondaires de la COVID-19 deviennent plus tangibles. Il s'agirait notamment des risques macroéconomiques budgétaires et monétaires résultant des politiques de relance sans précédent appliquées au niveau mondial en vue d'atténuer les effets de la pandémie. Les inégalités ont en outre été exacerbées au niveau mondial, tant au sein des pays qu'entre eux, attisant les risques d'instabilité politique. Les pays qui ont été les plus à même de minimiser les perturbations en 2020, notamment les marchés émergents d'Asie de l'Est, seront moins sensibles à ces risques.

    Nous nous attendons à ce que la COVID-19 continue de circuler en 2021. Si les perspectives d'un vaccin s'améliorent, la production et la distribution à grande échelle des doses nécessaires constituera un défi au moins aussi difficile à relever que l'élaboration de ce vaccin. Dans ce contexte, les pays devraient continuer à connaître des épidémies sporadiques de COVID, ce qui insufflera de la volatilité à la reprise sous-jacente d'économie et du marché.

    Graviter vers la robustesse

    À mesure que la reprise se généralise sur les marchés émergents sous l'impulsion de l'Asie de l'Est, la visibilité s'améliore sur le front des bénéfices, ce qui permet un élargissement des performances du marché. De nombreuses entreprises sont parvenues à mener à bien leurs activités durant la pandémie et devraient sortir de la crise avec une position concurrentielle plus forte - et ces entreprises ne se limitent pas au « gagnants » reconnus de la COVID-19. Nous continuons à suivre de près le rythme de redressement de ce nous considérons comme des entreprises de bonne qualité, qui ont plus que corrigé l'impact à court terme limité subi par leur valeur intrinsèque.

    L'Asie de l'Est reste bien placée pour prendre la tête des marchés mondiaux. La Chine devrait être la seule à voir son PIB augmenter en 2020, soutenue par une économie intérieure diversifiée et axée sur l'innovation et la numérisation. Nous continuons de voir émerger des entreprises de haute qualité qui sont bien placées pour bénéficier de la consolidation en cours du marché et de l'essor de la consommation intérieure. Taïwan et la Corée du Sud sont les bénéficiaires de la croissance structurelle des équipements des technologies de l’information, ainsi que de la diversification des chaînes d'approvisionnement technologiques mondiales.    

    Les tensions géopolitiques entre la Chine et les États-Unis restent un frein majeur, susceptible de persister quel que soit l'identité du président américain. Malgré le découplage ainsi induit entre les secteurs technologiques des deux pays, la libéralisation continue des marchés financiers chinois se poursuit, avec à la clé une augmentation des participations étrangères. L'intérêt des investisseurs pour les marchés intérieurs d'actions « A » chinoises s'intensifie parallèlement à l'accroissement des flux obligataires, à mesure que la Chine est ajoutée aux indices internationaux.

    Il est probable que l'arrivée d'une nouvelle administration américaine s'accompagne d'une attitude plus constructive, même si des tensions stratégiques à plus long terme subsisteront. Quoi qu'il en soit, l'impératif économique pour les entreprises américaines de croître, de se développer et de vendre - mais aussi de s'approvisionner - en Chine déterminera en fin de compte la teneur de la politique américaine.

    Prochaine vague de reprise

    La région de l'ANASE (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) et l'Inde ont pris du retard en termes de normalisation de la COVID-19 mais affichent une réouverture progressive, avec une reprise macroéconomique favorisée par une démographie plus favorable, à savoir des populations plus jeunes et moins sensibles. Les changements réglementaires et la diversification de la chaîne d'approvisionnement mondiale rendent l'investissement direct étranger plus attrayant, tandis que l'importante marge de progression de la consommation depuis une base très faible est également de bon augure à long terme.

    L'Inde a connu une recrudescence des contaminations à la COVID mais la réouverture économique s'est poursuivie à la faveur d'un taux de mortalité contenu. Si la perturbation des modèles économiques traditionnels a pesé sur certaines entreprises, nous prévoyons un impact positif sur les fournisseurs indiens de services technologiques. Largement passé sous les radars ces dernières années en raison du ralentissement de la croissance et des pressions sur les marges, le secteur des technologies de l’information a été soutenu à la fois par une plus forte demande des clients et par des initiatives de réduction structurelle des coûts. Le redressement de l'activité manufacturière, alors que l'Inde se lance dans l'indigénisation et la substitution des importations, ainsi que les efforts mondiaux de diversification des chaînes d'approvisionnement pourraient stimuler la demande dans toute une gamme de catégories de produits, notamment l'électronique, la défense, les pièces automobiles et les produits pharmaceutiques. La normalisation des tensions sur le crédit sous l'effet de la diminution des taux d'intérêt et de l'amélioration des conditions de liquidité devrait avoir une incidence positive sur les banques, un domaine dans lequel nous conservons des perspectives positives. En parallèle, les taux réels négatifs en Inde apporteront un soutien très important à l'économie et aux marchés à l'avenir.  

    En Amérique latine, la COVID-19 a accéléré la tendance à la baisse des taux d'intérêt et à la numérisation. Dans le même temps, le rebond mondial marqué de la chaîne d'approvisionnement manufacturière a fait grimper les prix des métaux, apportant du soutien à l'industrie minière de la région après un cycle durable de sous-investissement et de devises faibles.

    Le Brésil, malgré le bruit politique, a continué à mettre l'accent sur d'importantes réformes économiques qui se traduisent par un fléchissement structurel de son taux d'intérêt réel historiquement élevé. La banque centrale brésilienne a par ailleurs abaissé son taux directeur à un point bas record, ce qui réduit les coûts de renégociation ou de restructuration d'emprunts et pourrait favoriser une croissance du crédit à plus long terme. La pénétration du crédit au Brésil est nettement inférieure à celle observée sur beaucoup d'autres marchés, ce qui laisse présager un potentiel de croissance au cours des années à venir, éclaircissant les perspectives du secteur financier. Plus généralement, les taux réels négatifs apporteront un soutien structurel aux perspectives de croissance du Brésil. Nous observons également une tendance à « l'actionnarisation » à long terme des investissements, qui profite aux intervenants du secteur des services financiers.

    Des difficultés subsistent toutefois au Brésil, notamment l'augmentation des niveaux d'endettement induite par les mesures de relance, conjuguée à l'incertitude entourant la poursuite des réformes économiques dans un environnement politique fragmenté. Cette situation peut à son tour exercer des pressions haussières sur les taux d'intérêt à long terme. La fin prévue de l'aide d'urgence débloquée pour soutenir les personnes touchées par les mesures de confinement pourrait également avoir des répercussions sur la reprise économique.

    Même en Afrique du Sud, un pays émergent qui a stagné ces dernières années, certaines raisons incitent à l'optimisme. Les perspectives s'améliorent sous la présidence de Cyril Ramaphosa, avec l'annonce d'une série de mesures de réforme et de réorientation des dépenses publiques, notamment des projets d'infrastructure, des initiatives visant à soutenir la réindustrialisation, des réductions des dépenses (centrées sur un gel des salaires des fonctionnaires) et des mesures de lutte contre la corruption. La nation arc-en-ciel a toutefois déjà connu quelques faux espoirs.

    Un avenir meilleur

    Les défis de 2020 ont mis en évidence sur les marchés émergents des avantages structurels et autres tendances à long terme bénéfiques qui sont de bon augure pour 2021. La résilience des principaux marchés d'Asie de l'Est durant la crise, associée à leur capacité à tirer parti des transitions durables vers la nouvelle économie, devrait faire office de moteur de croissance continue l'année prochaine. Les pays en retrait, dont l'Inde et le Brésil, bénéficieront probablement d'un environnement favorable exceptionnel, caractérisé par des taux réels négatifs (et une devise sous-évaluée au Brésil) associés à des efforts de réforme constants et à une surcapacité de l'économie, ce qui ne manquera pas de stimuler la croissance.

    Cette généralisation de la reprise économique devrait continuer d'améliorer la visibilité des bénéfices jusqu'en 2021 et représente une opportunité convaincante dans les marchés émergents dans leur ensemble, tant d'un point de vue tactique à court terme que structurel. Le fait que dans ce paysage tant de marchés différents offrent simultanément un potentiel d'investissement intéressant, à titre individuel mais aussi collectif, constitue selon nous une fenêtre d'investissement exceptionnelle.

    QUELS SONT LES RISQUES ?

    Tout investissement comporte un risque, notamment celui de ne pas récupérer le capital investi. Les prix des actions fluctuent, parfois rapidement et de façon spectaculaire, en raison de facteurs affectant des entreprises individuelles, des industries ou des secteurs particuliers ou des conditions générales du marché. Les investissements à l'étranger comportent des risques spécifiques, comme les variations des taux de change, l'instabilité économique et l'évolution de la situation politique. Investir dans les pays en développement, y compris dans la sous-catégorie des marchés frontières, implique des risques accrus concernant ces mêmes facteurs, lesquels s’ajoutent aux risques liés à leur plus petite taille, à leur liquidité inférieure et à l’absence d’un cadre juridique, politique, commercial et social établi pour soutenir les marchés boursiers. Les risques liés à l'investissement dans les marchés frontières sont encore supérieurs à ceux associés aux marchés en développement en raison du développement moins avancé des structures précitées, ainsi que du potentiel de forte volatilité des prix, de la liquidité insuffisante, des barrières commerciales et des contrôles sur les taux de change.