Fin de partie pour la Covid-19

Michael Hasenstab nous présente ses perspectives macroéconomiques mondiales 2021.

    Michael Hasenstab, Ph.D.

    Michael Hasenstab, Ph.D. Executive Vice President, Portfolio Manager Chief Investment Officer, Templeton Global Macro

    « À l'approche de 2021, nous nous approchons du point de bascule où les chocs économiques de l'année passée vont devenir le prologue des événements économiques à venir. Nous anticipons des motifs d'optimisme dans de nombreuses régions alors que se profile une transition mondiale vers une ère post-Covid. Les risques à court terme restent toutefois importants. »

    À première vue, il semble que ce qui nous attend en 2021 ne pourrait pas être pire que ce que nous avons traversé en 2020. Nous avons subi la pire crise économique en 80 ans et la pire crise sanitaire mondiale en 100 ans et les habitants de la planète ont été durement touchés dans leur quotidien et leurs moyens de subsistance. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit que la croissance mondiale se sera contractée de 4,4 % à la clôture des comptes de 2020.1 Heureusement, à l'approche de 2021, nous nous approchons du point de bascule où les chocs économiques de l'année passée vont devenir le prologue des futurs événements économiques. Le FMI prévoit une expansion de 5,2 % de la croissance mondiale en 2021, lorsque les économies se relèveront des creux de 2020.2 Les essais de vaccins prometteurs permettent de prévoir des scénarios de distribution de masse d'ici le printemps 2021 et une rémission potentielle de la pandémie d'ici le deuxième semestre. Alors que 2020 touche à sa fin, l'espoir de jours meilleurs se profile.

    Mais, dans l'immédiat, la situation sanitaire actuelle brosse un tableau beaucoup plus sombre. La deuxième vague de contaminations a augmenté de façon exponentielle au cours des derniers mois de 2020 en Europe et aux États-Unis. Elle a contraint plusieurs pays à remettre en place restrictions et confinements. Les conditions sanitaires les plus difficiles de toute la pandémie pourraient survenir au cours des derniers mois de 2020 et du premier trimestre 2021. En l'absence de solution généralisée, les difficultés économiques vont continuer de s'aggraver au fil des mois de restrictions aux déplacements et d'entraves à l'activité économique. Le temps est le facteur clé pour beaucoup de ménages et d'entreprises qui vacillent au bord de la faillite et chaque nouvelle journée de destruction de revenus peut infliger des dommages durables. Malheureusement, il est probable que nous subissions encore une aggravation de la situation à court terme avant que s'amorce une amélioration.

    Des opportunités d'investissement émergent

    En termes d'investissement, à notre avis, l'optimisme concernant le deuxième semestre 2021 devrait être tempéré par la prudence vis-à-vis de risques aigus à court terme. La pandémie de Covid-19 continue de détruire des pans entiers de l'activité économique, ce qui crée des risques importants pour un certain nombre d'actifs financiers. Les effets désinflationnistes étendus devraient persister jusqu'à ce que les économies retrouvent une mobilité totale. Nous avons maintenu une approche prudente des actifs à risque en prévision des deuxièmes vagues de Covid-19 au cours des mois d'automne et d'hiver.

    Plusieurs opportunités d'investissement à plus long terme commencent toutefois à émerger. Nous prévoyons des calendriers échelonnés pour le moment où certains investissements pourraient être adéquats en raison des fortes différences de fondamentaux macro et des divergences de niveau de contrôle sur la propagation du virus dans les différents pays. Les contaminations à la Covid-19 devraient atteindre un pic au cours des mois d'hiver, avant que les traitements vaccinaux n'entrainent une décrue à la fin du printemps et à l'été 2021. Le calendrier et l'efficacité des vaccinations seront déterminants pour l'activité économique et les valorisations d'actifs financiers de l'année prochaine.

    Les déficits budgétaires et les niveaux d'endettement élevés présentent des risques à long terme  

    Il est également essentiel de déterminer quelles seront les trajectoires économiques au-delà des impulsions de 2021. Il est peu probable que le taux de croissance du rebond puisse se maintenir en 2022 et au-delà. Selon les projections du FMI, la croissance du produit intérieur brut mondial ralentira à environ 3,8 % sur la période 2022–2025, à raison de 2,2 % en moyenne pour les économies développées et de 4,9 % en moyenne pour les économies émergentes/en développement.3 Les programmes de relance s'estomperont finalement, parce que les gouvernements déjà lourdement endettés avant la pandémie devront composer avec un espace budgétaire limité et des déficits budgétaires croissants. Les ratios dette/PIB ont sensiblement augmenté dans pratiquement tous les pays. Les politiques non orthodoxes comme la théorie monétaire moderne et la monétisation des dettes publiques devraient susciter l'intérêt croissant des décideurs politiques au cours des prochaines années, augmentant les risques de dommages structurels causés par des gouvernements imprudents. À notre avis, la prochaine décennie sera de plus en plus définie par la qualité des critères de gouvernance, tant au niveau national que géopolitique.

    Aux États-Unis, l'endettement projeté devrait être supérieur à 100 % du PIB au cours de la décennie à venir, avec une augmentation du déficit budgétaire à plus de 5 % du PIB d'ici 2030.4 La politique monétaire devrait rester accommodante dans un avenir proche, la Réserve fédérale américaine prévoyant des taux quasi nuls jusqu'en 2023, tout en continuant de fournir un soutien illimité en termes de bilan aux marchés financiers. La Fed a également exprimé sa volonté de laisser l'économie tourner à plein régime au cours des prochaines années pour rattraper plusieurs trimestres d'inflation inférieure à la cible. Il est probable que dans un avenir proche la politique monétaire accommodante empêche les rendements des bons du Trésor américain à court terme de prendre de la hauteur, mais le creusement des déficits budgétaires, les niveaux d'endettement massifs et les prévisions de reflation à la hausse finiront par faire augmenter les primes de terme.

    Les risque géopolitiques restent élevés

    L'état précaire du monde avant la pandémie augmente encore la complexité de la crise actuelle. Face aux tensions géopolitiques accrues et à la montée du nationalisme et des polarisations politiques, il est désormais difficile pour les pays de trouver la volonté collective nécessaire pour concevoir des solutions collaboratives aux problèmes communs, tant au niveau national qu'international. La Covid-19 a également permis à certains gouvernements de mettre en place des politiques excessives qui auraient été jugées inacceptables dans d'autres circonstances. La pandémie a ainsi servi de couverture politique à certains gouvernements pour dériver vers un régime encore plus autoritaire.

    De plus, les tendances à la démondialisation, qui préexistaient à la pandémie, se sont accélérées, les pays donnant de plus en plus la priorité à leurs préoccupations nationales. Les relations commerciales entre grandes économies se sont dégradées au cours des dernières années. Des mutations structurelles en faveur d'une production nationale et de chaînes d'approvisionnement régionales auraient des implications majeures pour l'économie et les marchés financiers mondiaux au cours des prochaines années.

    L'ère post-Covid sera façonnée par les critères ESG

    Les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) joueront un rôle majeur dans la reconstruction du monde post-Covid. La cohésion sociale et la bonne gouvernance peuvent accélérer la reprise d'un pays dans le sillage d'une crise, ou, à l'inverse, leur absence peut contrarier une telle reprise. Nous avons malheureusement constaté les conséquences de la faiblesse des critères ESG dans certains marchés émergents pendant la pandémie. Les pays moins bien préparés à faire face à une crise sanitaire du fait de systèmes de santé plus fragiles et d'infrastructures moins développées, et/ou moins bien préparés à faire face à une crise économique en raison de déséquilibres budgétaires, de niveaux d'endettement élevés et de dépendances extérieures, ont subi des dommages plus importants. Par contraste, les pays dotés de fondamentaux plus robustes avant la crise, avec des institutions plus solides, des niveaux d'endettement plus bas et des économies plus diversifiées s'en sont généralement mieux sortis.

    L'accroissement des inégalités de revenu dans de nombreux pays reste également une question critique qui pourrait saper la stabilité économique et intensifier la discorde sociale. Les dommages à l'économie et l'accroissement du chômage dus à la pandémie n'ont fait qu'aggraver différents problèmes structurels préexistants. Les pays qui relèveront efficacement ces défis au cours des prochaines années pourront renforcer les fondements de leur économie, tandis que ceux qui négligeront ces critères risquent une plus grande instabilité. Nous anticipons que les critères ESG seront une composante essentielle du marché des obligations internationales au cours des prochaines années. Les pays pour lesquels on prévoit une amélioration de ces critères présentent souvent les opportunités d'investissement les plus solides.     

    Rendements totaux cumulés des pays à dynamique ESG positive comparés aux pays à dynamique ESG négativeFévrier 2018 - Septembre 2020

    Source : Templeton Global Macro. Afin de quantifier les résultats d'investissement de notre analyse ESG, nous avons modélisé les résultats de notre recherche dans un indice d'obligations d'État basé sur des règles visant à isoler les données ESG des autres facteurs macro, de valorisation et de risque. La construction de cet indice suit les méthodes utilisées pour construire les principaux indices obligataires. Premièrement, nous filtrons la totalité de l'univers obligataire pour retenir les obligations d'État en devise locale, puis appliquons plusieurs règles d'exclusion pour regrouper certains types d'obligations et gammes de duration uniformes sur plusieurs émetteurs. En associant les groupes d'obligations obtenus à nos scores TGM-ESGI, nous construisons un portefeuille à pondération égale de pays dont le TGM-ESGI est en amélioration, qui peut être considéré comme une application neutre des résultats de notre analyse ESG sous forme de portefeuille. Ce graphique présente le rendement des pays à « dynamique positive » comparé à celui des pays à « dynamique négative » et à l'ensemble des pays. Les performances passées ne constituent pas un indicateur ni une garantie des performances futures.

    Un opportunisme tactique pour les prochaines années

    Globalement, nous anticipons des motifs d'optimisme dans de nombreuses régions alors que se profile une transition mondiale vers une ère post-Covid. Les risques à court terme restent toutefois importants. Des confinements et restrictions au niveau régional vont probablement rester nécessaires au cours des prochains mois pour contrer la propagation exponentielle de la maladie. Les restrictions aux déplacements vont rester l'outil le plus efficace pour éliminer le virus jusqu'à ce que des vaccins soient disponibles à grande échelle. D'ici là, la perte de revenus et la pénalisation de la demande agrégée vont continuer d'impacter la situation macroéconomique. Nous prévoyons que la pertinence des actifs perçus comme refuges se maintiendra au cours des derniers mois d'aggravation de la pandémie, puis régressera au fur et à mesure que les progrès de la médecine repousseront la maladie. Prospectivement, nous conservons un opportunisme tactique sur des marchés en devise locale spécifiques tout en continuant de gérer les risques à court terme. Nous restons optimistes quant à l'année à venir et à l'éradication potentielle de la Covid-19.

    1. Source : Fonds monétaire international, Perspectives de l'économie mondiale, octobre 2020. Rien ne garantit que les prévisions, estimations ou projections seront réalisées.

    2. Ibid.

    3. Ibid.

    4. Source : Bureau du budget du Congrès ; Perspectives économiques et budgétaires mises à jour : 2020 à 2030, 2 septembre 2020.

    QUELS SONT LES RISQUES ?

    Tout investissement comporte un risque, notamment celui de ne pas récupérer le capital investi. Les prix des obligations évoluent généralement dans le sens opposé des taux d'intérêt. Ainsi, lorsque les taux d'intérêt augmentent, la valeur d'un portefeuille obligataire peut reculer. L'investissement dans des titres étrangers comporte des risques particuliers, liés notamment à l'évolution politique et économique, aux pratiques commerciales, à la disponibilité de l'information, aux marchés limités, ainsi qu'aux fluctuations des taux de change et aux politiques dans ce domaine. Les titres de dette souveraine comportent divers risques, en plus de ceux des titres de créance et des titres étrangers en général, notamment, mais sans s’y limiter, le risque qu'un organisme public soit réticent ou incapable d'assurer le service en intérêts et en principal de sa dette souveraine. Les investissements dans les marchés émergents sont exposés à tous les risques des investissements étrangers en général, avec des risques accrus supplémentaires en raison d'un manque de cadres juridiques, politiques, économiques et sociaux permettant de soutenir les marchés des valeurs.