Nouvel An chinois : Comment les investisseurs pourraient négocier les marchés en cette Année du Bœuf

Qu’est-ce qui nous attend en cette année du Bœuf ? Nos gestionnaires de portefeuilles sont-ils optimistes, ou bien cette année fera-t-elle l’effet d’un taureau dans un magasin de porcelaine ? Découvrez leurs perspectives.

    Michael Lai, CFA

    Michael Lai, CFA Portfolio Manager, China Equities Franklin Templeton Emerging Markets Equity

    Desmond Soon

    Desmond Soon Head of Investment Management, Asia (ex-Japan) Portfolio Manager Western Asset Management

    Stephen Tong

    Stephen Tong Client Portfolio Manager, Franklin Templeton Investment Solutions

    Le Nouvel An chinois arrive à grand pas. Cette année du Bœuf verra-t-elle les économies asiatiques avancer en force ? Stephen Tong de Franklin Templeton Investment Solutions, Michael Lai de Franklin Templeton Emerging Markets Equity et Desmond Soon de Western Asset Management en sont convaincus.

    À l’approche de la nouvelle année lunaire, ils examinent les possibilités qui s’offrent aux investisseurs sur les marchés asiatiques – dans un esprit de patience, de diligence et de persévérance, les qualités associées traditionnellement au bœuf dans le zodiaque chinois.

    Le bœuf est le deuxième animal dans le cycle du zodiaque chinois, qui s’étend sur douze années. L’année du bœuf débutera le 12 février 2021, un an après le début de la pandémie mondiale de la COVID-19 et à un moment de grande incertitude pour les investisseurs concernant la croissance mondiale. Une relance mondiale complète est peu probable selon nous, mais nous percevons quelques opportunités potentielles en Asie.

    Le passage des mesures de crise à des mesures de soutien en faveur de la croissance place l’allocation d’actifs sous un jour nouveau

    Stephen Tong

    La pandémie mondiale a plongé l’économie du monde entier dans une profonde récession, même si le marché a largement intégré la prévision d’un rebond économique prononcé. Il existe des divergences considérables quant au rythme de la croissance mondiale. La relance sera probablement inégale, en particulier entre l’Occident et l’Orient. Nous pensons que la voie de la relance est plus favorable pour l’Asie. La Chine, en particulier, devrait connaître un fort rebond et une croissance conforme à la tendance sur le moyen et le long terme. Cela traduit le rôle diligent du bœuf dans l’agriculture chinoise.  

    Les banques centrales du monde entier restent accommodantes et continuent d’affirmer qu’elles feront « tout ce qu’il faudra » pour maintenir des taux d’intérêt peu élevés. Nous avons été impressionnés par les mesures de relance ciblées, en particulier en Chine. La Banque populaire de Chine (BPC) a réagi prudemment aux effets de la COVID-19 l’année dernière, libérant des milliards d’exigences de réserves pour les banques, ce qui a permis à ces dernières de financer des prêts pour venir en aide aux entreprises les plus durement touchées par l’épidémie de coronavirus.

    Ceci étant, les actions chinoises ne seront probablement pas seules en tête et nous pensons que les gagnants et les perdants changeront en fonction de la rapidité et de l’efficacité du déploiement d’un vaccin. Nous nous attendons à voir apparaître des opportunités sur des titres sous-évalués.

    Du côté obligataire, nous allons devoir nous montrer plus sélectifs. La combinaison de faibles primes à terme et d’une politique monétaire qui reste accommodante fait que l’environnement reste difficile pour les investisseurs obligataires. Les fondamentaux des marchés émergents se sont toutefois améliorés ces derniers mois, en particulier en Asie, la demande étrangère compensant la faiblesse persistante de la demande intérieure. Nous pensons que les obligations en devises locales des marchés émergents pourraient devenir plus intéressantes.

    Approches de l’allocation

    Les obligations ont encore une marge de progression

    Desmond Soon

    On pourrait considérer 2020 comme l’année du rat empoisonné mais, à l’aube de l’année du bœuf, nous avons des raisons de penser que cette année marquée par un dur labeur sera plus favorable. Nous avons généralement des convictions fortes sur les devises asiatiques et les obligations en devise locale. Même si les obligations asiatiques en dollars ont été la cible de flux importants ces derniers temps, les obligations en devises locales et les actions ont été à la traîne tout au long de l’année dernière et nous pensons qu’elles offrent une marge de progression.

    Plusieurs pays asiatiques sont des créanciers nets, c’est-à-dire qu’ils investissent plus à l’extérieur que les autres pays n’investissent chez eux. Tandis que les pays occidentaux monétisent leur dette pour aider leurs économies à se remettre des conséquences financières de la pandémie mondiale, les pays asiatiques et leurs devises offriront probablement de belles opportunités en 2021 – en particulier, selon nous, les devises de pays connaissant une forte croissance de leurs exportations. Les prix des conteneurs se sont envolés, en particulier dans les ports chinois, ce qui confirme cette bonne santé des exportations. Les goulots d’étranglement de l’offre provoqués par la pandémie ont joué un rôle, mais cette croissance s’explique avant tout par une énorme demande. Malgré les preuves encourageantes, nous pensons que les investisseurs continuent de sous-évaluer la dette en devise locale des marchés émergents, comme le montre le diagramme ci-dessous.

    Flux à destination des fonds de titres de créance des marchés émergents en devises fortes (HC) au milieu des injections de liquidités dans le monde entier durant la COVID-19 Flux cumulés à destination des fonds consacrés aux marchés émergents, en mrd. USD (échelle de gauche) – bilan global (Réserve fédérale des États-Unis, Banque du Japon, Banque centrale européenne et Banque populaire de Chine), en billions USD (échelle de droite)

    « LCY » désignes les devises locales

    Source : Bloomberg, EPFR, Standard Chartered Research, au 11 janvier 2021

    Les investisseurs dans les marchés émergents doivent avoir conscience de la bipolarisation du paysage d’investissement. La Chine n’est pas un marché émergent comme les autres, c’est la deuxième plus grande économie mondiale.  

    La taille considérable du marché obligataire chinois a suscité une demande en fonds obligataires chinois dédiés afin de permettre aux investisseurs étrangers d’accéder au marché et de négocier, régler et détenir des obligations négociables sur le China Interbank Bond Market et sur Bond Connect (HK). Après ce qui s’est passé aux États-Unis sous l’ex-président Trump, qui a sanctionné une liste d’entreprises chinoises, certains investisseurs gardent toutefois leurs doutes face aux indices globaux des marchés émergents et préfèrent considérer la Chine comme une allocation distincte au sein des portefeuilles dans les marchés émergents. Ceci étant, les obligations chinoises offrent un potentiel de rendement important pour les investisseurs. Les obligations d’État chinoises offrent actuellement un rendement de plus de 3 %, contre à peine plus d’1 % pour les bons du Trésor américain à 10 ans.

    Un terrain fertile pour ceux qui ont la patience de bien choisir leurs actions

    Michael Lai

    Les marchés continuent de miser sur un fort rebond, mais les facteurs géopolitiques continuent de freiner les décisions d’investissement des entreprises. Aux États-Unis, l’arrivée de Joe Biden à la présidence semble avoir apaisé les marchés financiers en apportant aux investisseurs une visibilité dont ils avaient bien besoin sur de nombreuses questions et en apaisant les tensions sino-américaines. Tous comprennent que la Chine est un rival stratégique important, et les marchés ont un peu rebondi à la mi-janvier, quand Biden s’est déclaré disposé à « trouver un compromis avec la Chine ».

    Nous pensons que la Chine a très bien géré la pandémie, et son économie connaît une reprise sans égale. Les autorités ont réagi rapidement et avec une grande compétence face à la pandémie, avec pour résultat une relance en V qui, selon nous, permet d’espérer le maintien d’une croissance solide au cours de l’année à venir. La politique économique chinoise va probablement se concentrer sur la normalisation tout au long de l’année 2021 tant sur le plan monétaire que budgétaire et réglementaire.   

    Relance inégale du produit intérieur brut (PIB) à travers le monde La relance en V de la Chine pourrait annoncer la poursuite d’une forte croissance en 2021

    Source : Fonds monétaire international, Perspectives économiques mondiales. Janvier 2021. Les performances passées ne constituent pas un indicateur ni une garantie des résultats futurs. Rien ne garantit qu’une projection, une estimation ou une prévision sera réalisée.

    En 30 ans d’expérience dans la sélection d’actions, j’ai été fasciné par les opportunités que le marché d’actions chinois a offertes aux investisseurs. Ce marché a connu une croissance exponentielle en largeur comme en profondeur. La Chine est relativement unique en ce sens que, sans suivre une politique libérale en faveur des marchés à la façon occidentale, elle offre néanmoins aux investisseurs un ensemble varié d’opportunités.

    La digitalisation, l’adoption des technologies et la consolidation de différents secteurs devraient toutes alimenter les opportunités à long terme ce que nous voyons se développer depuis longtemps en Chine. L’engagement récent du gouvernement afin de parvenir à une empreinte carbone neutre au cours de la prochaine décennie devrait également créer des opportunités intéressantes dans le secteur  des énergies renouvelables ainsi que dans les secteurs des nouvelles énergies et des véhicules électriques.  

    Nous nous intéressons en particulier aux actions dites de la « nouvelle économie ». La trajectoire des entreprises qui ont su utiliser la technologie pour créer des plateformes en ligne à partir d’entreprises « physiques » traditionnelles a contribué à un certain nombre d’initiatives du gouvernement chinois, par exemple en réduisant les coûts de transaction ou en touchant certains segments de la société qui n’avaient précédemment pas accès à ces biens et services. Pour ce qui est de l’avenir, la digitalisation va au-delà des secteurs liés à la consommation selon notre perspective de la technologie de cinquième génération (5G). Nous pensons qu’elle pourrait aider d’autres secteurs à saisir cette opportunité, en particulier dans l’industrie.

    Le bœuf peut être borné mais, en ce début d’année, nous allons nous armer d’une bonne dose de la qualité la plus connue chez cet animal : la patience. Nous gardons un œil sur les entreprises de qualité dotées de modèles d’affaires viables, mais nous nous attendons aussi à la poursuite d’initiatives chinoises qui pourraient générer des opportunités d’investissement fertiles.

    Quels sont les risques ?

    Tout investissement comporte des risques, notamment celui de ne pas récupérer le capital investi. Les cours des actions fluctuent, parfois de manière rapide et spectaculaire, en raison de facteurs affectant certaines entreprises, des industries ou secteurs particuliers ou la conjoncture générale du marché. Les investissements à l'étranger comportent des risques spécifiques, comme les variations des taux de change, l'instabilité économique et l'évolution de la situation politique. Les investissements sur les marchés émergents présentent d'ailleurs des risques accrus par rapport aux mêmes facteurs, en plus de ceux associés à leur taille inférieure et à leur liquidité plus limitée. Une stratégie exposée en particulier à certains pays, régions, industries, secteurs ou types de placements peut être sujette à un risque d'événements défavorables plus élevé qu'une stratégie investissant de façon plus diversifiée. La Chine peut être soumise à une instabilité économique, politiques et sociale très forte. Investir dans des titres d'émetteurs chinois implique des risques spécifiques à la Chine, y compris certains risques juridiques, réglementaires, politiques et économiques.