La Fed poursuit ses efforts — Le Congrès peine à trouver un accord

Dr. Sonal Desai donne son point de vue sur les mesures prises aujourd'hui par la Fed.

    Sonal Desai, Ph.D.

    Sonal Desai, Ph.D.Chief Investment Officer,Franklin Templeton Fixed Income

    La Réserve fédérale américaine continue à utiliser tous les outils dont elle dispose pour contribuer à faire face aux retombées économiques du coronavirus. Sonal Desai, Chief Investment Officer, Franklin Templeton Fixed Income, considère sa dernière réponse comme « un niveau inédit » de relance.

    La réponse de la Réserve fédérale à la crise du coronavirus est tout à fait inédite. En effet, elle a annoncé un assouplissement quantitatif (QE), ainsi que des rachats de titres de créance d'entreprises à court terme de qualité investment grade (IG) et d’ETF sans limites, mesures qui n'avaient pas été adoptées même au plus fort de la crise financière mondiale il y a un peu plus de dix ans.

    La décision d'acheter des titres de créance d'entreprises s'inspire de la politique de la Banque centrale européenne et réfute les craintes du marché selon lesquelles ces rachats pourraient être hors de la portée institutionnelle de la Fed. À cet égard, cette dernière fait preuve d’audace en réalisant des achats sur l'ensemble des titres investment grade, sans se limiter aux émetteurs AAA.

    La décision d'acheter des ETF suit l'exemple de la Banque du Japon, et étend l'acquisition de titres de créance investment grade à des échéances plus longues. Toutes ces démarches indiquent que la Fed comprend la nécessité d'adopter une stratégie créative, décisive et évolutive pour lutter contre la crise actuelle.

    La Fed a annoncé une série de nouvelles mesures et de dispositifs visant à : (i) apporter une aide ciblée aux ménages et aux entreprises touchés ; (ii) fournir un large soutien à l'activité économique ; et (iii) assurer le bon fonctionnement des marchés monétaires et du crédit. Celle-ci comprend :

    • Aujourd'hui, elle a communiqué qu'elle fera l’acquisition de bons du Trésor et de titres adossés à des créances hypothécaires (MBS) « dans les quantités nécessaires » pour assurer le bon fonctionnement des marchés et l'efficacité de la politique monétaire. En d'autres termes, il n'y a plus de limites.

      • Les achats s'étendent désormais pour englober les titres « commerciaux ».

    • De nouveaux dispositifs pour soutenir le crédit aux ménages et aux entreprises, soit jusqu'à 300 milliards de dollars de nouveaux financements, amorcés avec 30 milliards de dollars de capitaux propres par le Trésor :

      • Primary Market Corporate Credit Facility (PMCCF) pour émettre de nouvelles obligations et de nouveaux prêts. Ce dispositif fournira un financement sur quatre ans aux entreprises investment grade, et les emprunteurs pourront différer les paiements d'intérêts et de capital pendant les six premiers mois (extensible à la discrétion de la Fed). Le PMCCF vise à étendre les prêts par le biais d'un Special Purpose Vehicle (SPV ou fonds commun de créances) créé par le Trésor.

      • Secondary Market Corporate Credit Facility (SMCCF) pour les obligations d'entreprises en circulation pour l'ensemble des titres investment grade, ainsi que les ETF. Cela fonctionnera également par l'intermédiaire d'un Special Purpose Vehicle constitué par le Trésor.

      • Term Asset-Backed Securities Loan Facility (TALF) pour soutenir l'émission de titres adossés à des actifs (ABS) basés sur des prêts étudiants, automobiles, de cartes de crédit et des prêts garantis par la Small Business Administration (agence fédérale chargée d'aider les petites entreprises américaines).

    • L'extension du dispositif de Money Market Mutual Fund Liquidity Facility (MMLF) et du Commercial Paper Funding Facility (CPFF) à un plus large éventail de titres.

    • Le lancement prévu d'un programme de prêts aux petites et moyennes entreprises (Main Street Business Lending Program) pour soutenir les prêts à ces entreprises.

    Je pense que trois éléments essentiels doivent être soulignés afin d'évaluer l'impact probable sur l'économie et les marchés.

    Premièrement : La Fed a principalement promis un effort important pour soutenir l'économie au sens large et stabiliser les marchés. Elle a lancé une stratégie décisive, créative et évolutive qui laisse entendre qu'elle est prête à faire tout ce qui est nécessaire pour lutter contre la crise actuelle. J’espère une approche souple, tant concernant l'ampleur des programmes que les titres potentiellement éligibles.

    Deuxièmement : La Fed apportera un soutien ciblé afin que les entreprises et les ménages puissent obtenir le crédit dont ils ont besoin pour survivre à la crise.

    Troisièmement : La Fed doit maintenant assurer un suivi rapide afin de clarifier la manière par laquelle les établissements privés concernés pourront accéder aux nouveaux dispositifs. Selon les premières indications des marchés, la liquidité s'améliore à la marge, mais toute autre mesure nécessite beaucoup plus de clarté sur les aspects opérationnels des nouveaux dispositifs. C'est compréhensible ; ils viennent d'être annoncées et une quantité considérable d'informations doit être traitée. Toutefois, il faut désormais se concentrer rapidement sur les aspects opérationnels.

    SURVIVERE AU CHOC

    Cela fonctionnera-t-il ? Je pense que le soutien de la Fed peut aider l'économie américaine à survivre au choc et préparer le terrain pour une reprise solide dans la seconde moitié de l'année, à deux conditions :

    La première : que l'arrêt draconien de grandes parties de l'économie ordonné par le gouvernement soit suffisamment bref. Nous entrons dans la deuxième phase de l'extrême distanciation sociale et des fermetures d'entreprises dans un certain nombre d'États américains. Si le confinement s'avère efficace, dans les semaines à venir, les données devraient se révéler rassurantes et indiquer que la contagion est contenue, que nous « aplatissons la courbe ». Cela devrait permettre un relâchement progressif des mesures préventives, en dehors des zones les plus touchées. Grâce à l'aide monétaire et budgétaire appropriée, la majorité des entreprises affectées devraient être en mesure de survivre, puis d'intensifier leurs activités lorsque la situation se normalisera.

    La seconde : que le Congrès se ressaisisse et lance une enveloppe de mesures budgétaires dans les jours à venir. La politique budgétaire doit intervenir pour fournir des paiements directs en espèces aux particuliers, des allocations de chômage prolongées et des congés payés d'urgence, ainsi qu'une certaine forme de suspension du paiement des loyers/hypothèques pour les petites et moyennes entreprises frappées et un appui financier aux entreprises des secteurs les plus atteints.

    Le projet de loi actuellement au Congrès devrait également augmenter la portée des facilités de prêt récemment annoncées par la Fed : il devrait autoriser le Trésor à accorder 425 milliards de dollars supplémentaires de fonds au Special Purpose Vehicle de la Fed, ce qui se traduirait par 4 000 milliards de dollars supplémentaires de prêts potentiels.

    La série de mesures budgétaires, soumise au Congrès à l'heure actuelle, s'élève à environ 2 000 milliards de dollars, soit 10 % du produit intérieur brut des États-Unis. En synergie avec l'ensemble des mesures de la Fed, elle permettrait à une grande partie des entreprises et des ménages de tenir le coup. Les dommages causés à l'économie - et aux moyens de subsistance d'innombrables personnes - resteront considérables, mais au moyen de cette association de politique budgétaire et monétaire, la majorité des entreprises pourraient éviter la faillite et réembaucher/payer leurs travailleurs lorsque l'urgence prendra fin.

    Un soutien budgétaire et monétaire combiné « choc et stupeur » (d'urgence) est également nécessaire pour rassurer les marchés financiers, alors que nous sommes toujours confrontés à une grande incertitude quant à la durée de la crise. Sans la composante budgétaire, la politique monétaire ne peut pas se suffire à elle-même - et les investisseurs s'en rendent clairement compte.

    Il est temps que Congrès fasse abstraction des querelles partisanes et apporte l'aide dont les ménages et les entreprises américaines ont un besoin urgent. Les préoccupations concernant les renflouements et le risque moral devraient également être mises de côté, à mon avis. Les compagnies aériennes, les constructeurs automobiles et les détaillants ne sont pas en difficulté parce qu'ils ont fait quelque chose de mal ; ils ne sont coupables d'aucun comportement imprudent qui serait toléré et encouragé par un renflouement ; aucune stratégie commerciale viable n'aurait pu les mettre à l’abri d'un choc de cette ampleur. L'aide financière aux ménages et aux petites et moyennes entreprises devrait être limitée dans le temps, et uniquement leur permettre de traverser la crise, mais elle devrait commencer dès que possible.

    La Fed a pris l'initiative ; elle reste la partie prenante la plus importante et la plus rapide, mais elle ne peut plus être la seule. Le Congrès doit trouver un accord et agir dès maintenant.


    QUELS SONT LES RISQUES ?

    Tout investissement comporte un risque, notamment celui de ne pas récupérer le capital investi. La valeur des investissements peut fluctuer à la baisse comme à la hausse et les investisseurs ne sont pas assurés de récupérer la totalité de leur mise initiale. Les prix des obligations évoluent généralement dans le sens inverse des taux d'intérêt. Ainsi, lorsque les taux d'intérêt augmentent, la valeur d'un portefeuille obligataire peut reculer. Les investissements dans des titres étrangers comportent des risques spécifiques liés notamment aux fluctuations des taux de change, à l'instabilité économique et à l'évolution de la situation politique. Les investissements à l'étranger comportent des risques spécifiques, comme les variations des taux de change, l'instabilité économique et l'évolution de la situation politique. Les investissements sur les marchés émergents présentent des risques accrus liés aux mêmes facteurs. Des stratégies activement gérées pourraient subir des pertes si le jugement porté par le gérant de portefeuille sur les marchés, les taux d'intérêt ou l'attrait, les valeurs relatives, la liquidité ou le potentiel d'appréciation d'investissements particuliers faits pour le portefeuille s'avère erroné. Il ne peut y avoir aucune garantie que les techniques ou décisions d'investissement du gérant de portefeuille produiront les résultats escomptés.